Un billet de
Jean-Frédéric Martin
Les firmes de génie-conseil font la pluie et le beau temps dans le paysage politique québécois. Depuis longtemps, c’est un secret de polichinelle pour quiconque s’implique le moindrement dans une organisation partisane municipale ou provinciale. À chaque campagne électorale, les grandes firmes soutiennent financièrement plusieurs partis politiques, négociant ainsi l’obtention des plus importants contrats.
Graduellement, le cancer a progressé. Les conséquences de ces retours d’ascenseur coûtent très cher aux contribuables. L’automne dernier, l’émission Enquête de Radio-Canada a levé le voile sur les nombreux cas de corruption dans l’industrie de la construction. Cette même émission diffusait, il y a deux semaines, un autre reportage-choc concernant cette fois les firmes d’ingénieurs. On y apprend que le copinage entre politiciens et firmes de génie-conseil n’a pas coûté que de fortes sommes d’argent aux Québécois. Il a aussi coûté des vies.
Le reportage fait le lien entre les effondrements mortels de deux viaducs à Laval, au cours des dernières années, et l’incompétence des professionnels de la firme amie engagée par l’administration municipale en place. Le maire Vaillancourt semblait d’ailleurs troublé de justifier les faits qui lui étaient présentés par le reporter Alain Gravel. Tellement certaine de la solidité de ses liens avec la Ville de Laval, la firme a passé outre les règles les plus rudimentaires, avec les résultats que l’on sait.
Autre fait troublant que nous apprend le reportage, c’est que des employés sont engagés pour orchestrer des dépassements de coûts, lors de contrats octroyés par appels d’offres. La façon de faire est simple. On soumissionne d’abord à un prix tellement bas, qu’aucune firme concurrente ne pourra mettre la main sur le contrat. Très souvent, les travaux ne sont même pas encore commencés qu’un professionnel est déjà mandaté pour trouver des imprévus qui viendront gonfler la facture. Un de ces professionnels témoigne d’ailleurs dans le reportage. Il faut noter cependant que l’homme en question a choisi de dénoncer cette façon de faire de son ex-employeur, après qu’il en eut lui-même largement bénéficié financièrement.
Et tout cela s’effectue avec la complicité des élus au pouvoir. Remarquez, l’exercice est légal. Mais c’est une façon des plus illégitime de contourner la loi. Plusieurs individus s’enrichissent au détriment des contribuables.
Si vous pensez que ça ne se produit qu’ailleurs, détrompez-vous. Les récents travaux de réfection de l’avenue Therrien, à Sainte-Anne-des-Plaines, ont aussi engendré des dépassements de coûts que l’administration municipale nouvellement élue refuse de payer.
Mais là encore, dans un cas comme celui-ci, un stratagème existe, permettant à la firme de récupérer au moins une partie du montant. On menace d’abord de recourir aux tribunaux et on engage les premières procédures légales. Ces factures grimpant généralement assez rapidement, les administrations municipales réalisent qu’elles peuvent devenir plus onéreuses que les « extras » non prévus aux travaux effectués. Elles se montrent ainsi plus réceptives aux règlements à l’amiable.
Est-ce ce qui se produira chez nous ? Il sera intéressant de surveiller ce dossier.
Trop d’intérêts personnels sont en jeu pour que les acteurs impliqués dans ces corruptions lâchent le morceau. Lors de son assemblée du 2 mars dernier, le conseil municiapal de Boisbriand s’est finalement doté d’un processus visant à mieux encadrer ses appels d’offres et ainsi offrir plus de transparence dans l’octroi des contrats de services professionnels. Lors de cette assemblée, l’opposition a démontré qu’on pouvait être contre la vertu et a tout mis en œuvre pour faire achopper ces projets de règlements. En vain.
À la lumière de tous ces événements, il devient clair que l’enquête policière, opération Marteau, n’est pas la solution. L’enquête publique réclamée par à peu près tout le monde, y compris la Sûreté du Québec, est nécessaire. Elle risque toutefois de faire grincer les dents de plusieurs politiciens. Et de certains de leurs amis.