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Archives pour juin 2008

Des citoyens en colère

Posté par cybereditorialsadp le Mercredi 25 juin 2008

Jean-Frédéric Martin
Un billet de
Jean-Frédéric Martin

Les sinistrés des refoulements d’égouts de l’été 2006 ne sont pas contents.  Et personne ne peut les en blâmer.  Victimes d’un réseau d’aqueduc dont la construction est désuète et le rendement insuffisant, ils ont vu leurs sous-sols être inondés lors des pluies diluviennes du 19 août 2006.  Après s’être fait proposer une solution un an plus tard, en septembre 2007, c’est toute une rebuffade qu’ils ont subie, lundi de la semaine dernière, alors que 896 contribuables Anneplainois ont fait rejeter le règlement validant la solution.

 

Les résidents concernés habitent l’avenue Therrien, la 2e avenue, ainsi qu’une partie de la rue des Cèdres.  Lors du développement de ce projet domiciliaire, il y a près de 40 ans, les infrastructures pluviales et sanitaires avaient été reliées au même réseau, plutôt que construites en deux entités distinctes, comme c’est le cas ailleurs dans la ville.  C’est ce qui s’est avéré être le principal problème, il y a deux ans.

 

Bien que la plupart d’entre eux possédaient de bonnes assurances, tous ceux avec qui j’ai pu m’entretenir m’ont affirmé avoir perdu des biens auxquels ils tenaient, des choses irremplaçables.  Qui plus est, ils ont dû faire nettoyer et rénover, parfois reconstruire de grandes parties de leur demeure.  Le tout s’est étendu sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. 

 

Pour certains d’entre eux, ce refoulement n’était pas le premier.  C’est pour toutes ces raisons qu’ils étaient bien heureux d’entendre la mairesse Collin leur dire, le 24 septembre dernier, que la Ville allait entreprendre des travaux de l’ordre de 6 millions $ pour régler ce problème une fois pour toutes.  Ils étaient beaucoup moins heureux la semaine dernière, lorsque le conseiller de l’opposition Denys Gagnon a fait diffuser, dans les médias et les boîtes postales, une missive incitant la population à aller signer le registre pour s’opposer au règlement.

 

Le règlement en quelques mots

Tous s’entendent sur la nature des travaux à effectuer, en trois grandes étapes.  Le règlement d’emprunt prévoit une somme de 6 millions $, remboursable en 20 ans.  Le litige ne touche que la répartition des coûts entre les propriétaires. 

 

La première étape concerne la construction d’un bassin de rétention, au coût de 2 millions $.  C’est là-dessus que seraient appliqués les montants venant de l’extérieur.  Le retour sur la taxe d’accise sur l’essence compensera les coûts de cette première étape.

 

La deuxième étape permettra de rendre conforme la conduite maîtresse de l’avenue Therrien, entre autres en séparant le sanitaire du pluvial.  Pour plusieurs raisons, le règlement prévoyait que les coûts de cette étape seraient assumés par l’ensemble des propriétaires connectés au réseau.  L’une de ces raisons est que les trois émissaires (ou conduites maîtresses) de la ville acheminent les eaux usées au même endroit, soit à l’usine située à proximité du parc Racine.  Lorsqu’il y a débordement, ce sont donc des eaux provenant de tout le réseau qui se retrouvent dans la conduite de l’avenue Therrien.  Les travaux permettront également de mieux répartir l’achalandage dans les trois émissaires, libérant ainsi les deux autres conduites.  Ce sont les coûts de cette étape qui sont à l’origine du litige.

 

Finalement, la troisième étape prévoit le raccordement des résidences à la nouvelle conduite, aux frais des propriétaires concernés seulement.

 

Partage inéquitable des coûts ?

Le conseiller Gagnon s’est fait le porte-parole de citoyens qui jugeaient inéquitable le partage des coûts de ces travaux.  Dans son communiqué émis la semaine dernière, madame Catherine Collin affirmait de son côté qu’au contraire, dans les circonstances, la solution proposée par la Ville était la plus équitable. 

 

Qui a raison ?  Les opinions des deux clans se valent, car elles sont basées sur des arguments solides.  Mais dans les faits, c’est un peu tout le monde qui a erré dans cette histoire. 

 

L’argument premier de monsieur Denys Gagnon concerne le manque de transparence et d’information de l’administration Collin dans ce dossier.  Et effectivement, mis à part les sinistrés eux-mêmes, personne n’a été informé des intentions de la Ville avant l’assemblée publique du 13 mai dernier, date de dépôt du règlement municipal.  Tant qu’à payer les services de Tapage communication, il aurait été préférable que ce soit pour la diffusion de l’information, plutôt que pour l’animation de la soirée de rencontre des sinistrés.

 

Toutefois, entre la rencontre des sinistrés et l’assemblée publique du 3 juin 2008, moment où monsieur Gagnon a pour la première fois exprimé ses réserves dans le dossier, il s’est écoulé plus de huit mois.  Huit longs mois durant lesquels il aurait pu lui aussi communiquer ses questionnements et ses appréhensions, s’enquérir des autres possibilités de partage des coûts et, au besoin, proposer d’autres avenues.  Ça aurait été plus légitime que d’effectuer une sortie-choc à quelques jours de l’ouverture du registre.  Plus respectueux des sinistrés, également.

 

La transparence, l’information et… la piscine !

Mais là où l’administration Collin doit faire son examen de conscience, c’est au niveau de la transparence.  Si autant de citoyens se sont déplacés pour signer le registre, ce n’est pas entièrement suite à l’opération de l’opposition. 

 

Et bizarrement, ce n’est pas nécessairement (du moins dans plusieurs cas) parce qu’ils s’opposaient au règlement non plus.  C’est simplement par manque d’explications et d’information.

 

Des représentants du Cyber journal SADP ont été présents à l’Hôtel de Ville à plusieurs moments de la journée, le lundi 16 juin.  Les commentaires des gens qui attendaient pour signer le registre manifestaient une réelle inquiétude.  Les signataires s’inquiétaient pour leur compte de taxes.  Et l’opposition au projet de piscine intérieure était omniprésente.  Plusieurs se demandaient d’ailleurs comment ce projet avait pu obtenir l’appui de 85 % de la population, selon les résultats d’un sondage que la mairesse a rendus publics, alors que la majorité des gens à qui ils en parlaient étaient contre.

 

Les gens savent combien leur coûtera la construction de la piscine intérieure, mais ne savent pas combien coûteront l’entretien et la maintenance.  Les gens savent combien coûtera le nouveau terrain de balle au parc des Méandres, mais ne savent pas pourquoi la Ville tenait mordicus à convertir l’actuel parc Serge-Gagnon, plutôt qu’un autre site, en résidences pour personnes âgées.  Les gens savent qu’il y a eu un Festival de la Famille l’an dernier, mais ne savent pas combien il a coûté, car il n’y a pas eu de bilan déposé.  Les gens savent que l’administration actuelle a diminué la taxe foncière, mais se demandent pourquoi le compte de taxes, lui, continue d’augmenter depuis les deux dernières années.

 

Ce sont là les principales raisons pour lesquelles les citoyens commencent à s’inquiéter sérieusement.  Le manque d’information et de transparence finit par avoir un impact direct sur la confiance, surtout lorsque l’on voit poindre de grands projets à l’horizon.

 

Alors, quand il est porté à notre attention qu’un projet de réfection du réseau d’aqueduc est en cours de réalisation, qu’on en connaît très peu ou pas du tout sur le COMMENT et le POURQUOI, et qu’on apprenne en plus qu’il s’agit d’un projet qui ferait grimper – peut-être indûment – le compte de taxes, il est normal de demander des comptes, quitte à mettre du sable dans l’engrenage.

 

Malheureusement, ce sont cette fois-ci quelques centaines de sinistrés qui font les frais de mauvais gestes politiques.

 

 

 

 

Publié dans Jean-Frédéric Martin, Politique municipale, Tous les éditoriaux | 3 Commentaires »