
Un billet de
Pierre Guzzo
Autrefois, sexualiser quelqu’un ou quelque chose était une façon de se démarquer, de provoquer. Un sein pointé bien haut ou un mouvement lascif bien chorégraphié suffisait à un artiste à faire classe à part. Que l’on pense à Madonna, toute grande artiste soit-elle, qui nous a fait vivre toutes les émotions qu’un acte sexuel observé peut provoquer. On se dévêt un peu ici, je te fouette par là, on fellationne à qui mieux mieux, on souffre, on jouit. Le plaisir atteint un paroxysme à chaque vidéo, c’est la génération orgasme. Pourtant une grande danseuse comme Margie Gillis, ou même La grande Isadora avant elle, fut lascive et courtement vêtue, mais leurs actions sont toujours restées au niveau de l’art. Aujourd’hui l’hyper-sexualisation chez les jeunes devient un problème. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu banalisation de la chose : le rocker séduit, la groupie succombe, le rapeur est riche et domine, la groupie obéit, Madonna part en goguette, toute une génération la suit.
Ce dont le jeune hyper-sexualisé manque, c’est de détachement. Depuis toujours, les jeunes tentent d’imiter leurs idoles au lieu de se forger une personnalité qui leur soit propre, mais qui risquerait d’être ridicule. Souvent, le jeune qui manque de repères va niveler vers le bas et adopter une personnalité commune (sans jeu de mot…), une personnalité qui a fait ses preuves à la télé. La personnalité est un facteur qui caractérise l’humain et qui se développe au contact de la culture environnementale, de l’éducation familiale, des modèles proposés et des milieux scolaires, que l’on ne pourrait ici accuser d’encourager ce phénomène.
Selon moi, c’est de la maison que tout part. C’est à la maison qu’un enfant apprend à se respecter, à s’habiller, à avoir des comportements sexuels acceptables (et ça peut-être large acceptables). Quel est donc le niveau de culture que l’on retrouve à la maison ? L’éducation est-elle rigoureuse ? Quels sont les modèles proposés ? Dans certains cas, les parents se désintéressent complètement de l’habillement et du comportement de leurs enfants, ce qui est grave. Ou encore pire, ils les acceptent, en se disant qu’ainsi leurs enfants ne seront pas rejects, qu’ils seront mieux acceptés en faisant partie de la norme. Vaut mieux une région pubienne à l’air, qu’une nerd avec des amis pas cool. J’ai tendance à féminiser le problème mais avouez que les gars se dénudent rarement dans les pubs; par exemple, regardez les Serge à la télé comme ils sont habillés correctement (jeans, polo) et voyez les p’tites poupounes autour d’eux.
Mais attendez-vous vraiment qu’un ado s’en plaigne ?? Le problème est sérieux, il mérite que l’on s’y attarde, un enfant qui arrive dans la vie avec un bon bagage culturel et une bonne éducation (scolaire ET familiale) part bien équipé. C’est sûr que c’est plus d’ouvrage, mais j’pense que ça en vaut la peine.
Et puis le non-combat qu’est l’hyper-sexualisation aura paradoxalement fait faire un gain à la femme : la craque de fesses n’appartient plus qu’aux plombiers !