
Un billet de
Albert Rossi
À l’origine, le Bloc Québécois a été créé en réaction à l’échec des négociations du Lac Meech, lesquelles, selon le premier ministre canadien de l’époque, faut-il se le rappeler, devaient permettre au Québec de réintégrer la fédération canadienne dans L’HONNEUR ET LA DIGNITÉ ! On se souviendra alors qu’une poignée de députés ont quitté leurs partis respectifs pour créer l’alliance qui deviendra rapidement le Bloc Québécois. Parmi ceux-ci on retrouvait les Bouchard, Lapierre, Plamondon, Rocheleau, etc… Ce parti nouvellement constitué ne devait durer que le temps de répondre au fameux what does Québec want? du Canada anglais, le temps de souligner les failles du fédéralisme et le temps de préparer l’indépendance à la suite d’un référendum que l’on souhaitait gagnant mais qui s’est avéré perdant !
Hors justement, je rencontrais l’un de mes bons amis, indépendantiste de la première heure, et l’essentiel de notre conversation portait sur la pertinence du Bloc à Ottawa. C’est alors qu’il a tenu des propos surprenants à ce sujet. En effet, il m’a affirmé haut et fort que, depuis fort longtemps, le Bloc Québécois n’avait plus sa place à Ottawa ! Voyant ma surprise, il a résumé sa pensée qui, force est de l’admettre, a quelque peu ébranlé ma vision de la nécessité du Bloc. Ce dernier, selon ses propos, nuit à la cause indépendantiste puisque le gouvernement fédéral (que ce soit l’un ou l’autre des partis fédéraux) ne reconnaîtra jamais le droit à l’égalité au Québec, droit que lui confère son statut de peuple fondateur de ce pays. Le droit à l’indépendance du Québec ne sera décidé que par la volonté des Québécois et ce n’est pas une délégation de députés qui, avec toute la bonne volonté et l’ardeur déployées à la défense des intérêts du Québec, parviendra à corriger les injustices commises à notre endroit depuis les premiers jours de la Confédération. Selon lui, la mission est terminée. Les éclaireurs doivent rentrer et faire la promotion de l’indépendance au Québec.
Curieusement, mes amis fédéralistes en arrivent aux mêmes conclusions que mon interlocuteur, mais évidemment pour des raisons différentes. Chez ces derniers, on prétend que le Bloc Québécois, au contraire, a nui essentiellement aux… Québécois, du fait que les bloquistes n’ont jamais et ne seront jamais là où se prennent les vraies décisions, c’est-à-dire au pouvoir. On prétend de ce côté, qu’il est possible de bien s’entendre si de part et d’autre, on y met la volonté nécessaire et ainsi d’obtenir des gains substentiels pour le Québec sans… les bloquistes, naturellement.
Mais qu’en pensent les bloquistes eux-mêmes? Sont-ils les seuls à dénoncer les abus et les scandales, à s’objecter aux mesures fiscales, à la guerre et à d’autres lois, à défendre les intérêts du Québec comme ils le prétendent souvent? Non, je ne le crois pas, au contraire ! Je suis de ceux qui croient que chacun des députés est redevable à ses commettants et que, malgré les contraintes partisannes imposées par leurs options constitutionnelles, ils s’occupent bien de leurs électeurs. N’en déplaise à mes amis du Bloc Québécois, que fait-on de plus chez vous que l’on ne fait pas ailleurs?
Se camper derrière un seul énoncé, soit la défense des intérêts ne suffit plus pour justifier une présence active et efficace à Ottawa. Le Bloc Québécois devra réajuster sa stratégie s’il veut demeurer crédible aux yeux des Québécois. Tout en maintenant son rôle de chien de garde au parlement, il devra aussi apprivoiser celui de promoteur de l’indépendance. Il serait sage pour le Bloc d’éclairer le bon peuple sur tous les tenants et aboutissants d’une éventuelle indépendance, de générer des idées, des solutions et de profiter de toutes les tribunes pour informer objectivement, en toute franchise, en toute transparence.
Or, un tel virage du Bloc Québécois impliquerait nécessairement une démarche de collaboration intense avec son grand frère le Parti Québécois et un partage distinctif des rôles à jouer. Possible mais… difficile! Quoi qu’il en soit, la survie du Bloc Québécois passe par le rajeunissement des idées et l’information populaire.
Permettez que je sois pessimiste à cet égard.