Le vrai débat
Posté par cybereditorialsadp le Samedi 9 février 2008

Un billet de
Jean-Frédéric Martin
Un ami journaliste me disait, il y a quelques années, qu’un chroniqueur politique pouvait faire carrière au Québec autour de trois sujets: la question constitutionnelle, le débat linguistique et les chicanes au Parti québécois. Ce sont là trois sujets qui, à moyen ou à long termes, aura toujours servi le parti souverainiste. Soit en ravivant la flamme nationaliste des Québécois, soit en forçant le parti à se renouveler.
Le débat linguistique intéresse-t-il vraiment les Québécois? J’en doute. En fait, je pense que c’est la notion de débat qui nous interpelle, plus que la question linguistique elle-même. Saku Koivu et le Canadien de Montréal ont commis un grave impair, c’est certain. La réparation, qui est venue quelques jours plus tard, était impérative.
Mais avant de s’offusquer outre mesure de cette omission de la part de Koivu et de ses patrons, il y a lieu de se rappeler que les Québécois francophones eux-mêmes ne prêchent pas par l’exemple. Rares sont ceux qui prennent soin de parler et d’écrire notre langue convenablement. Et ceux qui le font passent souvent pour des pédants ou des prétentieux, ou encore pour des patriotes marginaux.
En ce sens, je suis entièrement de l’avis de Joseph Facal lorsqu’il prétend que si nous aimions vraiment notre langue, nous en prendrions soin à tous les jours, plutôt que de se réveiller collectivement une ou deux fois par demi-siècle.
Le millepatte sur un nénufar
Oui, vous avez bien lu. Millepatte sans trait d’union et sans s à la fin, et nénufar avec un beau f plutôt qu’un ph. Le millepatte sur un nénufar est un livret qui nous informe de la nouvelle orthographe de plus de 2000 mots de la langue française. Entre autres choses, on y trouve de nouvelles règles concernant les accents circonflexes et les traits d’union.
Ce livret m’a été présenté pour la première fois il y a deux ans, par la direction de l’école où j’enseignais à l’époque. On m’a alors dit que je n’étais pas tenu d’en enseigner le contenu, mais que je devais en tenir compte dans la correction des textes de mes élèves. Un an plus tard, soit l’an dernier, on me dit de tout mettre sur la glace et de n’accepter que l’ancienne orthographe de ces mots.
J’ai appris cette semaine que la France, la Suisse et la Belgique appliquaient déjà ces nouvelles règles d’orthographe. En fait, l’Académie française les a adoptées en 1990. Au Québec, comme c’est souvent le cas, on tergiverse.
Et cette attitude risque de causer un chaos orthographique avant longtemps. En effet, l’enseignement de la nouvelle orthographe n’est pas inclus dans le plan d’action pour l’amélioration du français à l’école présenté par la ministre Courchesne, l’automne dernier. Pourtant, que cette nouvelle façon d’écrire nous plaise ou non, les grands dictionnaires ont commencé à l’introduire.
Pire encore, alors que nos enseignants, comme je l’expliquais plus haut, ont reçu le mot d’ordre d’attendre avant de l’enseigner (plusieurs d’entre eux en ignorent d’ailleurs le contenu), les universités québécoises ont décidé de prendre les devants et d’en imposer son utilisation dans les programmes d’enseignement primaire et secondaire. Autement dit, ce n’est qu’une question de mois, quelques années tout au plus, avant que nos écoles ne se retrouvent avec des enseignants formés pour enseigner la nouvelle méthode, et d’autres pour enseigner selon l’ancienne.
On dit qu’une langue vivante est une langue qui évolue. Les Espagnols et les Italiens l’ont déjà compris en réformant l’orthographe des leurs. Les Français suivent maintenant le bal depuis l’automne dernier, alors qu’ils ont officiellement introduit la nouvelle orthographe dans leurs écoles.
La question de la langue d’affichage a touché une corde très sensible il y a une vingtaine d’années. Celle de la langue de service (voire difficulté à se faire répondre en français dans les commerces ou entreprises de certains quartiers de Montréal) revient maintenant sur le tapis, malgré le fait que la situation réelle ait toujours été la même.
À travers tout cela, nous avons une société québécoise francophone qui ne se préoccupe pas vraiment de bien parler et de bien écrire sa langue, et qui regarde de loin une élite universitaire qui, à ce jour, demeure la seule à avoir suivi la langue française dans son évolution.
Quel est donc le véritable enjeu, le vrai débat à lancer? Poser la question, c’est y répondre.
Note personnelle: Certains trouveront peut-être ironique de laisser un commentaire sur ce billet à l’intérieur d’une boîte où il est écrit LEAVE A COMMENT. Je m’en excuse. Vous devinerez que ce blogue a été configuré en français, à partir d’un gabarit dont la gestion externe des commentaires ne peut être traduite de l’anglais.
Pierre Lagacé a dit
La fierté d’un peuple commence par sa langue.
J’ai ce poème de Félix Leclerc écrit en 1987. Il résume quant à moi ma pensée
Le voici :
INTERDIRE LA LANGUE FRANÇAISE AU QUÉBEC
Texte de Félix Leclerc
(1914 – 1988)
En un jour de grande pluie
nous les enfants
avions transformé la maison en gymnase.
Pyramides de chaises, fuites dans les escaliers,
coups de sifflets, coups de balais,
affrontements,
nous avions dépassé la limite de la tolérance.
Ma mère,
sur le bord de la crise de nerfs,
voit le ballon casser une vitre.
Très calmement, elle se lève,
met son chapeau et son manteau et dit: «Je m’en vais».
Et elle est partie.
Nous étions sûrs qu’elle rentrerait par la porte d’en arrière.
Elle n’est pas revenue.
Le poêle s’est éteint.
L’inquiétude et la peur se sont installées sans bruit.
La pire nuit de larmes
de hurles
de panique
de cauchemars et de remords
que nous ayons connue de notre vie.
Les onze loups que nous étions étaient devenus onze
petits poussins,
tous malades,
quand elle est apparue le surlendemain.
Nous venions de sombrer dans le grand trou noir
du manque d’air.
À sa vue,
la maison devint chapelle de fleurs, de tendresse
et d’amour.
À partir de ce moment, nous avons couvé,
aidé,
protégé
et adoré notre mère jusqu’à la fin des temps.
La langue française devrait disparaître du Québec,
s’en aller et ne plus revenir comme une mère qui s’en va.
L’interdire pour un an.
Puisqu’on n’en veut pas. Qu’on en a honte.
Et qu’on la traite avec ses trois siècles sur le même pied
qu’une autre langue avec ses trois ans.
Nous méritons tous qu’elle s’en aille.
Plus de français nulle part,
ni au travail
ni à l’école
ni à l’église
ni au syndicat
ni au cinéma
ni au restaurant
ni à Radio-Canada
ni dans les journaux
ni dans l’affichage
ni dans le train
ni dans la chanson.
Fini, interdit et même payer l’amende si on la parle.
Nous la découvririons peut-être
et à six millions
l’imposerions logiquement et sans heurt,
comme chez tous les peuples du monde où la langue
de la majorité est la seule officielle.
À la Tour de Babel, elles étaient toutes officielles,
de là, la confusion.
LES TROIS CONDITIONS SUIVANTES SONT ESSENTIELLES POUR ÉVITER LA CONFUSION :
Que le gouvernement éteigne vigoureusement le feu qui couve au lieu de l’attiser.
Que les jeunes par cent mille volent au secours de leur langue maternelle en détresse.
Que les vieux par centaines, cessent de mourir, de trahir et de fuir!
(ou serait-ce là notre marque d’une société distincte?)
Félix Leclerc
Mai 1987
lise a dit
L’histoire se répète: nous avons capitulé en 1759-60, on s’est uni en 1840 et 1867 et actuellement on recommence le cycle. On capitule devant nos coutumes, nos traditions, notre foi et notre langue et bientôt viendra la période où l’on pensera à s’unir mais à qui et à quoi? L’important n’est-ce pas le moment présent? Si nous décidions dès maintenant d’être fiers de ce que nous sommes!
lise a dit
et pour faire suite à la note personnelle du texte je dirais même que la fierté pourrait aller jusqu’à ne pas accepter d’utiliser un tel gabarit de gestion. Nos actes parfois parlent si fort que l’on n’entend plus nos paroles!
cybereditorialsadp a dit
Vous avez raison, Lise. Une heure de recherches m’a permis de trouver ce nouveau gabarit, entièrement francophone. J’espère qu’il vous plaît !
lise a dit
Vos actes parlent aussi fort que vos paroles!Bravo et merci !